Redonner vie à un espace : le pari d’un centre de ressources en mutation dans un CFA BTP

Dans un CFA BTP breton, un ancien centre de ressources poussiéreux se transforme en un espace vivant, modulable et co-construit. Porté par Yann Grandadam, ce projet mêle innovation pédagogique, fablab, agora et médiathèque. En chantier jusqu’en 2027 (et plus), c’est un lieu qui se construit autant qu’il construit les pratiques de formation.

Nous l’avons interviewé pour qu’il partage avec vous le chemin qu’il a suivi, ses impulsions, ses choix et son incroyable vivacité. Il m’a rencontrée à travers un replay de mes interventions, une des premières … autour de réflexions filmées sur l’espace apprenant à l’occasion de Journées de l’innovation pédagogique en TUNISIE du réseau AIPU (Association Internationale de Pédagogie Universitaire). Miles se poursuit par ses échappées belles de proximité !

Repartir de zéro : une vision portée par Yann Grandadam

Depuis septembre 2024, Yann Grandadam est le coordinateur du centre de ressources d’un CFA BTP breton. Avec un parcours tourné vers l’animation, l’accompagnement, la prépa apprentissage et la formation, il arrive à un moment charnière : les anciens centres de ressources papier touchent à leur fin. « Des kilomètres d’étagères avec des trucs dessus qui prennent la poussière », dit-il, en parlant de ces lieux conçus il y a vingt ans, essentiellement remplis de presse professionnelle et d’une salle informatique.

Inspiré par le modèle Rosan Bosch, fort de vingt ans de retours d’expérience, et par les travaux de Marie-Christine Llorca, Yann aborde la refonte du lieu avec une grille issue des neurosciences et un regard neuf : comment un espace peut-il accompagner les apprentissages ? Comment favoriser le désir d’apprendre, redonner une âme à un lieu délaissé ?

La réponse : un projet global, conçu comme un chantier, à l’image même du monde du BTP. Un méta-projet, où le lieu se construit avec, et par, ses usagers. Un espace pensé pour évoluer, s’adapter, et ne jamais rester figé.

De plus, la démarche s’inscrit dans une dynamique collaborative numérique : l’ensemble du projet est suivi et co-construit sur un espace en ligne via le site Miro, où sont partagés plans, photos et documents en temps réel, facilitant la coordination entre les différentes parties prenantes.

Un projet participatif et progressif, au service de toutes les parties prenantes

La transformation commence par une enquête interne menée auprès de l’ensemble des personnels, des 1 100 apprenants (du brevet au Bac +6), et des 53 formateurs. On ne leur demande pas seulement leur avis sur la fonction du centre, mais sur leur vision du lieu. Ce travail collectif fait émerger une mind map, puis des groupes de travail volontaires, ouverts à tous.

Le projet se confronte à un public exigeant. Les apprenants sont souvent fâchés avec l’univers scolaire, peu familiers des espaces de savoir. Pour la première fois, ils sont acteurs de la conception. C’est aussi un défi pour les enseignants, dont les habitudes pédagogiques sont parfois très ancrées. Le mot d’ordre : inclure sans imposer. Créer une dynamique sans générer de défiance.

Les besoins exprimés sont clairs : un accompagnement au numérique, des ressources en pédagogies multimodales, une formation croisée enseignants/apprenants. Des actions concrètes ont déjà provoqué des déclics : un vidéoprojecteur tactile à plat, laissé dans un placard, a été remis en service et installé au cœur du centre de ressources. Très vite, apprenants et enseignants s’en sont emparés, l’ont testé, expérimenté, puis intégré à des séquences pédagogiques.

Ce genre d’expériences confirme l’importance de montrer, déclencher des idées, libérer les initiatives en s’appuyant sur toutes les envies qui émergent. Comme le résume Yann :

« Le but, c’est aussi de leur stimuler les chakras pédagogiques, donner une impulsion, montrer les possibles. Après, ils se saisiront des outils et leurs compétences feront le reste. »

Vers un espace apprenant, vivant et évolutif

Le centre fera 300 m² et a été pensé comme un espace évolutif et modulable. Il devra pouvoir se transformer facilement : passer d’une salle de réunion pour 15 personnes, à un espace de coworking pour 40, ou encore à un lieu pour faire passer des oraux ou accueillir des ateliers pédagogiques. Le mobilier – tables, chaises, tableaux sur roulettes – a été choisi collectivement et sera commandé avant Noël 2025. Il est mobile non pas pour suivre une mode du “tout sur roulettes”, mais parce que la flexibilité est au cœur du projet : le lieu doit s’adapter aux usages, aux rythmes, aux besoins.
Le projet ne se limite pas à une rénovation de surface : il s’agit de créer un véritable espace de formation, vivant, flexible, et en mouvement.

L’espace accueillera également un mini-amphithéâtre conçu pour recevoir des professionnels du secteur et favoriser les rencontres entre la formation et le monde du travail. L’ensemble du lieu se veut un showroom vivant, une vitrine en perpétuelle transformation des projets menés par les apprenants. C’est leur travail qui viendra nourrir cet espace, lui donner forme et sens. Un espace d’ingénierie pédagogique est également prévu, dédié aux enseignants. Plus qu’une simple salle des profs, c’est un lieu où ils pourront travailler leurs cours, expérimenter avec Yann et le matériel disponible, et innover dans leurs pratiques pédagogiques.  

Un fablab de 50 m² viendra compléter le dispositif, permettant à des projets individuels ou collectifs de se développer en semi-autonomie. L’idée même du lieu a déjà favorisé des dynamiques croisées, comme une collaboration entre enseignants en maçonnerie et en charpente autour de la création de maquettes structurelles pour des tests d’efforts.

Ce projet, encore en évolution jusqu’en 2027, est pensé comme un concept transférable. À terme, il pourrait inspirer, voire être répliqué dans les cinq autres CFA BTP bretons, chacun l’adaptant à son territoire et à ses publics.

Ce fut un plaisir de parcourir ensemble cette poussée vers la création d’un lieu flexible, évolutif vivant dans une dynamique de co-construction avec les usagers. Parfois, partage et flexibilité dans les têtes et dans l’espace manquent encore pour que les espaces oient de réels partenaires de l’environnement d’apprentissage.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *